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La vie maintenant et d'habitude.


Salut papa, à la semaine prochaine. En le quittant dimanche soir je l'ai embrassé comme d'habitude, machinalement, je lui ai dit « A dimanche » comme je lui aurais dit à la prochaine, à bientôt, à un de ces quatre, sans réfléchir en quelque sorte. J'avais l'éternité devant moi et lui aussi, ou presque.

Comme d'habitude, en sortant de chez lui je n'ai pas jeté le moindre regard au chêne centenaire magnifique trônant devant sa porte sur l'airial, un détail immuable du paysage. Il était là, simplement, pour longtemps encore, voire pour toujours. Beau week-end, la vie quoi, l'habitude du bonheur...

Je suis donc rentré à la maison en cette fin de semaine, comme d'habitude, ni heureux ni malheureux, léger comme l'air, vivant.

Et, comme d'habitude lundi matin j'ai repris mon train-train d'ouvrier, de cadre, d'employé ou de patron, je ne sais pas trop, enfin la vraie vie quoi, celle qui compte vraiment. La démocratie qui file à l'anglaise, la foule, le RER absent pour cause de grèves, le découvert à la banque, l'embrayage de la bagnole à changer, la pluie, les quotas, le boss acrimonieux, l'obligation de réussite, la vie quoi.

Enfin l'entrée de ma boîte, l'escalier, mon bureau, les collègues et leur tronche triste de chien battu du lundi. J'ai pensé à autre chose, à des choses essentielles, au soleil, à la plage, à la victoire du Paris-Saint-Germain dimanche prochain.

Soudain, comme je fermais les yeux sur la misère du monde j'ai cru voir, au milieu d'une foule de gilets jaunes ou peut-être parmi les supporters du « Kop of Boulogne », le chêne abattu par l'orage, couché au centre de l'airial. C'est là que mon portable a vibré.

Je suis sorti secoué la tête vide, devant la porte du bureau, sous la pluie je me mis à avoir froid, à trembler, j'ai eu la trouille. Immortel, je réalisai à ma grande déception que l'immortel ne l'était pas, encore une manipulation des médias.

J'ai pensé à dimanche prochain, à l'habitude cruelle qui m'avait fait passer tout à côté de l'essentiel. Je ne pensais ni à mon chef, ni à l'embrayage, ni à mon banquier qui dans deux trois jours ne manquerait pas de m'appeler, la vie quoi. Un type qui passait m'a regardé avec une drôle de gueule, sans doute parce que je pleurais. Salut papa à...trop tard.

Signé Marcel.







Rédigé par Maxbarteam le 23/08/2010 :