RETOUR A L'ACCUEIL




LES AUTRES


Txabi, très sociable, bon vivant, appréciait la solitude et les longues sorties à vélo dans son Pays basque natal. Son Pays basque, il y tenait particulièrement, chanter boire et manger, vivre. Il ne se privait pas Txabi. Pourtant ce n'était pas un expansif, hormis quelques vrais amis, il ne demandait rien d'autre. Le toubib lui avait bien dit de lever un peu le pied, mais il avait du mal. Après tout on est tous mortels, aujourd'hui, demain, un autre jour, le tout c'est de profiter de la vie. Certes il montait avec difficulté le col d’Ispéguy, un quintal ça ne se bouge pas comme ça. Mais une petite sortie à vélo de temps en temps et tout rentrerait dans l'ordre.


Txabi s'était immobilisé, il prenait souvent plaisir à écouter le silence, enfin pas tout à fait le silence, plus exactement un genre de battement, en l'absence de tout autre bruit. Il entendait ce son, un petit coup légèrement étouffé, parfois rapide et irrégulier, parfois lent et rythmé. Ce son, non ces sons, il en percevait deux qui résonnaient comme ceux d'une balle de ping-pong sur une table, ping, pong, ping pong.


Txabi n'avait pas de doute, il habitait bien dans cette petite balle blanche en celluloïd, ronde, enfin presque ronde, elle avait davantage l'aspect d'un petit coeur. Au début, tout au début sa forme était effectivement parfaitement, exactement sphérique. Avec le temps, les accidents de la vie, elle avait subi quelques sauvetages à l'eau bouillante. Elle s'était humanisée en fait et avait choisi de prendre la forme d'un coeur. A l'époque il avait bien senti le changement, la douceur des amortis, la rapidité des lifts, tout était un peu différent. Depuis, plus rien ne suivait la logique, il vivait l'inattendu, l'imprévisible. Il aimait ça Txabi, être surpris, à Aguiléra le rebond déroutant du ballon ovale le ravissait, le ballon rond l'ennuyait.


Il était tout petit Txabi, tout petit-petit, mais heureux dans sa balle, tellement heureux, que peut-être il en oubliait sa petite famille, Maïténa son épouse, Nadal et Maritxu ses enfants. Il s'était habitué à cet espace réduit, non seulement habitué mais aujourd'hui il n'aurait pas pu vivre ailleurs.

Il s'adonnait à sa passion favorite, le vélo. Il tournait dans sa balle, tantôt dans l'oreillette droite, tantôt la gauche, il pouvait ainsi faire des bosses, il aimait les bosses, il n'était pas malheureux.


La face de l'homme en blanc se détachait sur le celluloïd de même couleur, il n'en voyait qu'une partie, un genre de bonnet immaculé en dissimulait le haut. Le bas était couvert par une sorte de masque. Le faciès impressionnant traversait la pellicule translucide en matière plastique, presque à le toucher à Txabi. Il ne comprit pas complètement le message, mais il en saisit tout de même le sens profond.


Il écoutait encore ce petit battement régulier, doux, comme une caresse, peut-être son coeur. Il ne se sentait pas bien, il fallait qu'il sorte à tout prix de sa balle. Elle était légère sa balle, très légère, en celluloïd, très fragile. Pourvu que personne ne marche dessus, son épouse, ses enfants, il était angoissé, sortir, sortir très vite et changer d'espace.


Je l'ai vu la semaine dernière Txabi, sur son Time carbone, dans la vallée d'Iraty. Il s'y rend souvent avec son épouse et ses enfants pour y passer la journée. Il profite de la vie qu'il partage tant qu'il peut avec les autres et surtout avec ses proches. Sans doute que c'est ça penser aux autres, la vie.




Rédigé par Maxbarteam le 27/10/2016: